Réforme du Programme des services à l’enfance et à la famille des Premières Nations : Réunions de la représentante spéciale de la ministre au Yukon

Du 6 au 10 mars 2017, la représentante spéciale de la ministre, Mme Wesley-Esquimaux, a rencontré des intervenants et des partenaires au Yukon qui s'intéressent au processus de réforme des Services à l'enfance et à la famille des Premières Nations, notamment les groupes suivants :

On a demandé aux intervenants et aux partenaires d'indiquer ce qui, selon eux, devait être changé dans le Programme des services à l'enfance et à la famille des Premières Nations. Ce rapport présente un résumé des réunions tenues au Yukon par Mme Wesley-Esquimaux, en plus de souligner les enjeux et les constatations clés.

Principales questions et conclusions

Jeunes

  • La réforme doit comprendre des partenariats actifs et un dialogue entre les Premières Nations, le gouvernement du Yukon et le gouvernement du Canada.
  • Les membres des collectivités sont les mieux placés pour mettre en œuvre des initiatives d'intervention précoce et de prévention à l'échelle de l'enfant, de la famille et de la collectivité – le Sgouvernement doit travailler « avec » les collectivités et non « pour » les collectivités.
  • Sur les 14 Premières Nations du Yukon, 11 ont l'autonomie gouvernementale et peuvent négocier avec le gouvernement territorial pour s'occuper de leurs propres services à l'enfance et à la famille.
  • Les Premières Nations qui ont l'autonomie gouvernementale ont négocié des ententes pour le transfert de services offerts en vertu de nombreux programmes d'Affaires autochtones et du Nord Canada et de Santé Canada;
    • en règle générale, ces ententes sont ensuite appliquées selon les lignes directrices des programmes respectifs de chaque Première Nation ayant l'autonomie gouvernementale.
  • Les gouvernements du Canada et du Yukon doivent s'engager plus fermement à miser sur les progrès déjà réalisés en vue de la mise en œuvre d'ententes sur l'autonomie gouvernementale (p. ex., la Première Nation de Carcross/Tagish a élaboré la toute première Loi sur la famille, mais une entente de transfert de services doit être négociée pour que la Loi puisse être reconnue et recevoir les ressources adéquates).
  • Les dirigeants cherchent à obtenir l'appui de tous les partenaires pour composer avec les effets intergénérationnels des politiques et pratiques coloniales, comme les pensionnats.
  • Les lois, les programmes et les politiques doivent changer pour refléter la culture, les protocoles et les lois des Premières Nations afin de renforcer les familles et les collectivités.
  • Le prochain examen quinquennal de la Loi sur les services à l'enfance et à la famille du gouvernement du Yukon est l'occasion d'apporter des changements, y compris en finançant directement les collectivités pour les programmes adaptés du point de vue culturel.
  • Les collectivités ont besoin de soutien pour mettre en œuvre des modèles de programme axés sur le territoire, semblables à ceux qui sont en place à Jackson Lake, car le territoire est un élément fondamental du bien-être.
  • Les montants de financement devraient être établis en fonction des besoins liés aux services à l'enfance et à la famille, plutôt qu'en fonction de la population.
  • Dans le cadre de la réforme, il est important de se pencher sur le bien-être de l'enfant et de la famille (intervention précoce, prévention et soutien au sortir des structures d'accueil) de façon globale plutôt qu'en vase clos.
  • Les responsables de programmes devraient s'assurer que les systèmes de paiement et de soutien pour les Premières Nations qui fournissent des soins aux membres de la famille élargie sont équivalents aux systèmes en place pour les familles d'accueil.
  • Des services de prévention et de soutien doivent être offerts aux enfants et aux familles dès qu'ils ont besoin d'aide.
  • Il faut établir un plan d'action pour soutenir les enfants et les jeunes lorsqu'ils quittent les structures d'accueil, afin de les aider à composer avec le fait d'avoir été retirés de leur famille et de leur collectivité, ainsi qu'avec la perte d'identité, de culture et de sentiment d'appartenance qu'ils ont subie.
  • Il faut s'attaquer à la pauvreté dans les collectivités, car cela est la cause du placement de nombreux enfants en famille d'accueil.
  • L'inscription des membres des Premières Nations n'est pas uniforme : le Registre des Indiens d'Affaires autochtones et du Nord Canada ne reflète pas la liste des membres inscrits comme bénéficiaires en vertu des ententes sur l'autonomie gouvernementale.

Questions abordées avec les collectivités et les conseils de bande

  • Même si 11 des 14 Premières Nations ont des ententes sur l'autonomie gouvernementale, leur compétence n'est pas reconnue par les gouvernements du Canada et du Yukon, et elles ne disposent pas du financement nécessaire pour mettre en œuvre leurs propres services à l'enfance et à la famille ainsi que leurs propres programmes dans ce domaine.
  • Les collectivités veulent influencer et élaborer leurs propres modèles de service, qui sont pleinement financés et harmonisés avec les valeurs des Premières Nations afin de voir à ce qu'ils reflètent leurs modes de vie.
  • Les travaux de protection abordés restent sous la responsabilité du gouvernement du Yukon, mais ils doivent refléter la culture et les besoins des Premières Nations.
  • On estime que les fonds affectés à la guérison et à la prévention devraient être versés directement aux collectivités des Premières Nations, y compris pour les activités de guérison traditionnelles et axées sur le territoire, les centres de guérison et le soutien après traitement pour les problèmes de dépendance.
  • Les collectivités sentent qu'elles doivent réapprendre à soutenir le bien-être des enfants, notamment en enseignant aux parents à devenir de bons parents.
  • Les normes et les lois devraient être modifiées afin de mettre l'accent sur l'aide aux familles, dans le but de permettre aux enfants de rester avec leurs parents et de voir à ce que les enfants confiés aux structures d'accueil puissent réintégrer plus facilement leur foyer (à titre d'exemple, les parents doivent prendre part aux conférences familiales).
  • Les travailleurs ont besoin d'une formation de sensibilisation, y compris sur la façon de favoriser l'établissement de liens culturels pour les enfants pris en charge, car cela contribuera au rétablissement des relations et au soutien du bien-être des familles et des collectivités.
  • Il faut aider les aînés afin de permettre le partage de la langue et des connaissances, car les langues autochtones sont au cœur d'une culture forte et d'un lien avec le territoire.

Questions abordées avec les travailleurs sociaux et les travailleurs spécialistes du mieux-être

  • On souhaite la création d'un programme d'apprentissage destiné aux jeunes enfants autochtones, semblable au programme d'aide préscolaire, afin de favoriser le bien-être des enfants dans chaque collectivité du Yukon.
  • Il est important de visiter les collectivités et d'y soutenir les familles, en misant sur le modèle du Centre de développement de l'enfant, un organisme sans but lucratif qui fournit de l'aide au développement aux enfants de 0 à 6 ans du Yukon (p. ex., orthophonie, ergothérapie, ludothérapie et évaluations psychologiques).
  • Il faut miser sur le programme de santé mentale prometteur « Handle With Care Throughout Yukon », qui est conçu pour permettre aux membres de la collectivité d'aider les enfants et leurs parents à divers stades de développement.
  • Le prolongement des visites effectuées par des thérapeutes dans les collectivités, ou la création d'un plus grand nombre de bureaux satellites, comme celui de Kwanlin Dun, permettrait un accès plus uniforme aux ressources et aux mesures de soutien.
  • Il faut mieux appuyer les jeunes enfants à l'école, car les enseignants sont souvent le premier point de contact pour les enfants qui ont besoin d'aide, et il est préférable pour eux d'atténuer les risques que de gérer une crise.

Questions abordées avec le gouvernement territorial

  • Le gouvernement du Yukon s'engage à travailler avec les partenaires des Premières Nations et le gouvernement du Canada pour examiner et améliorer les services à l'enfance et à la famille, et pour aider les enfants à demeurer au sein de leur famille et de leur collectivité.
  • Le programme de réforme national doit être souple de manière à ce que les questions systémiques puissent être réglées à l'échelle régionale.
  • Les services aux jeunes ont été élargis de façon à comprendre :
    • les services de traitement en établissement pour les jeunes;
    • le soutien aux jeunes adultes (de 19 à 24 ans);
    • des mesures de soutien intégrées pour les jeunes à Whitehorse.
  • Il faut mettre sur pied une maison de transition pour les jeunes au Yukon.
  • Il faut reconnaître que des activités de guérison et des programmes de prévention communautaires et axés sur le territoire sont nécessaires à la santé des familles et des collectivités.
  • Le prochain examen quinquennal de la Loi sur les services à l'enfance et à la famille du Yukon englobera l'examen des normes de service avec les Premières Nations.
  • Des protocoles d'entente sont en voie d'élaboration avec les Premières Nations pour soutenir la collaboration dans les processus de planification familiale et la prise de décisions à l'échelle communautaire.
  • On a remarqué qu'il est difficile de recruter et de maintenir en poste des travailleurs sociaux.
  • Il faut aider les collectivités à accéder plus facilement à la Stratégie yukonnaise du mieux-être mental (échelonnée sur 10 ans), qui appuie l'adoption de pratiques éclairées en matière de santé mentale, de traumatologie et de toxicomanie, ainsi que la prestation de services thérapeutiques et de consultation destinés aux enfants et aux adolescents.

Questions abordées avec les défenseur des droits des enfants

  • Les modèles gouvernementaux de prestation des services à l'enfance et à la famille comportent des lacunes et ne répondent pas aux besoins des collectivités.
  • Il faut reconnaître que les collectivités sont les mieux placées pour élaborer leurs propres pratiques pour permettre aux enfants de rester avec leurs parents.
  • Il faut financer les collectivités pour leur permettre d'élaborer des programmes culturels et de consacrer des ressources à l'intervention précoce à domicile, et travailler avec les enfants pour les amener à retrouver leur sens de l'identité et leur sentiment d'appartenance culturelle.
  • Il est important d'établir un lien de confiance entre le gouvernement et les collectivités.
  • Il faut reconnaître les droits des enfants et veiller à ce qu'ils soient consultés quand il s'agit de déterminer leurs besoins et l'endroit où ils vivront.
  • Il arrive que les parents ne demandent pas d'aide parce qu'ils craignent qu'on leur retire leurs enfants.
  • Étant donné le traumatisme que les enfants subissent quand ils sont retirés de leur famille, les plans de réforme doivent être axés sur le bien-être des enfants.
  • Du point de vue des Premières Nations, il faut envisager des solutions de rechange à long terme au retrait des enfants de leur famille (p. ex., l'adoption selon les coutumes autochtones permet de veiller à ce que les enfants autochtones soient placés dans des familles des Premières Nations, et à ce qu'ils conservent un lien avec leur famille, leur collectivité et leur culture).

Principaux thèmes

Un certain nombre de thèmes sont ressortis des discussions avec les intervenants et les partenaires :

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